Publié le 28 juillet 2026 7 min de lecture Structuration financière

Notre bail à 12 ans : le calcul refait à froid

Immeuble de bureaux moderne au coucher du soleil, illustrant un actif tertiaire loué sur bail long terme

Il y a trois ans, nous avons arbitré en faveur d'un bail ferme de douze ans plutôt que d'un 3/6/9 classique sur l'un de nos actifs tertiaires en localisation prime. La décision avait été prise dans un contexte de taux bas, avec des hypothèses de valorisation qui semblaient, à l'époque, prudentes. Aujourd'hui, avec le recul et un environnement de taux différent, nous avons repris l'ensemble du modèle pour vérifier si ce choix résiste à un examen sans complaisance.

Cet exercice n'est pas anodin. Un bail long engage la valeur d'un actif sur une durée qui dépasse largement le cycle économique habituel, et la tentation est grande de se satisfaire d'un rendement facial séduisant sans questionner la robustesse des hypothèses sous-jacentes. Voici donc ce que le recalcul a révélé, et ce qu'il change dans notre méthode.

Pourquoi avoir opté pour un bail à 12 ans plutôt qu'un 3/6/9

Le raisonnement initial reposait sur trois piliers. D'abord, la sécurisation des flux locatifs sur un horizon suffisamment long pour rassurer nos investisseurs institutionnels et faciliter le refinancement de l'actif. Ensuite, la fermeté de l'engagement du preneur, qui renonçait à sa faculté de résiliation triennale en échange d'une franchise de loyer avantageuse et d'un accompagnement sur les travaux d'aménagement. Enfin, une meilleure lisibilité pour la valorisation de l'actif dans nos reportings trimestriels, un bail long réduisant mécaniquement la prime de risque appliquée par les évaluateurs.

Sur le papier, cette structuration correspondait exactement à la logique d'un fonds Core+ : sécuriser le rendement tout en conservant un potentiel d'optimisation sur la durée du bail, notamment via les clauses d'indexation et les possibilités de renégociation à mi-parcours.

Les hypothèses que nous avions posées au départ

Trois hypothèses structuraient notre modèle initial :

Ces trois hypothèses, prises isolément, restaient raisonnables. Mais leur combinaison sur douze ans amplifiait mécaniquement tout écart, même modeste, entre le scénario projeté et la trajectoire réelle du marché.

Ce que le recalcul a réellement montré

En reprenant le modèle avec les données de marché actualisées, l'écart le plus significatif concerne la sensibilité du rendement net à la trajectoire d'indexation. Un ralentissement de l'inflation locative, même limité, réduit sensiblement la valeur actualisée des flux futurs lorsqu'il est projeté sur une aussi longue période. À l'inverse, la fermeté de l'engagement locatif a effectivement joué son rôle protecteur : l'absence de rupture anticipée a évité un vide locatif qui aurait pesé bien davantage sur la performance globale que l'écart d'indexation constaté.

Ce constat rejoint une réalité que nous observons chez plusieurs locataires du secteur de la restauration occupant nos actifs tertiaires en pied d'immeuble : la capacité à proposer une salle privative pour des événements professionnels ou privés est devenue un critère déterminant dans leur choix d'implantation, ce qui influence indirectement la valeur locative du bien et, par ricochet, notre propre calcul de rendement sur la durée du bail. Ce type d'exigence d'aménagement, longtemps secondaire dans nos grilles d'analyse, mérite désormais d'être intégré dès la phase de due diligence.

Autre enseignement : la clause de renégociation à mi-parcours, que nous avions considérée comme un simple filet de sécurité, s'est révélée être le véritable levier d'ajustement du modèle. C'est elle qui permet de corriger une trajectoire d'indexation décevante sans attendre l'échéance du bail, à condition d'avoir anticipé les conditions de son déclenchement dès la rédaction contractuelle.

Un bail long ne sécurise pas un rendement : il sécurise un flux. La différence, minime en apparence, change radicalement la façon dont il faut construire les clauses de révision.

Les enseignements pour nos futurs arbitrages

Ce recalcul à froid nous conduit à ajuster notre méthodologie sur plusieurs points :

Ces ajustements ne remettent pas en cause le principe d'un bail long dans une logique Core+ : ils affinent la manière dont nous en évaluons la robustesse et dont nous structurons les mécanismes correctifs.

Ce que cela change dans notre approche patrimoniale

Pour nos investisseurs, cet exercice illustre une conviction que nous défendons depuis l'origine du fonds : la performance d'un actif tertiaire ne se juge jamais sur son rendement facial à la signature, mais sur la qualité des mécanismes qui permettront de l'ajuster face aux imprévus du marché. C'est cette rigueur, appliquée à chaque étape de la structuration financière, qui distingue une gestion patrimoniale de long terme d'un simple pari sur les taux.

Nous partageons régulièrement ce type de retour d'expérience avec nos clients, car il nourrit directement notre approche de la sélection d'actifs et de l'accompagnement patrimonial sur mesure. Pour en savoir plus sur notre méthodologie et nos stratégies d'investissement, rendez-vous sur notre page d'accueil.